Études cliniques sur la spiruline

La spiruline dans la lutte contre la malnutrition : bilan et perspectives

Depuis des années, des ONG et des institutions de santé utilisent la spiruline dans les pays en développement pour traiter avec succès des dizaines de milliers d’enfants souffrant de malnutrition légère ou modérée.

Malgré ces nombreux résultats positifs, appuyés par des études démontrant l’efficacité de la spiruline, celle-ci n’est toujours pas reconnue par les agences intergouvernementales et les grandes ONG qui travaillent dans le domaine de la malnutrition.

Afin de changer cette situation, ANTENNA diffuse aujourd’hui La spiruline dans la lutte contre la malnutrition: Bilan et perspectives, qui résume les propriétés nutritionnelles et thérapeutiques de la spiruline et fait le point sur les études qui lui sont consacrées. Nous appelons ainsi ces grandes organisations à enfin tenir compte de l’importance de la spiruline et à l’intégrer dans leurs programmes de lutte contre la malnutrition.

En savoir plus sur la publication scientifique

De nombreuses études réalisées

Les essais cliniques réalisés par Antenna Technologies et le Medical College of Maduraï dans le sud de l’Inde et présentés au Congrès Mondial de la Nutrition en 1999, ont montré qu’un à trois grammes de spiruline par jour, pendant 4 à 6 semaines, peuvent suffire à traiter des enfants de 0 à 5 ans souffrant de malnutrition

La spiruline a fait l’objet de nombreuses études, mais il faut reconnaître que la plupart des essais cliniques menés avec la spiruline sont critiquables sous certains aspects. Il serait souhaitable que de prochaines études soient réalisées d’une manière plus concluante, mais il est très difficile de réaliser de telles études dans les pays en développement où sévit la malnutrition. Les tests cliniques à grande échelle nécessaires à son développement manquent, faut de moyens et de volonté politique.

On remarquera également que la quasi-totalité des compléments nutritionnels recommandés par les organisations intergouvernementales, n’ont quant à eux jamais fait l’objet de réelles validations scientifiques indiscutables tel que cela est exigé pour la spiruline.

Une reconnaissance qui se fait attendre

Au vu des séquelles que peut provoquer la malnutrition et l’importance des micronutriments pour le développement de l’enfant de 0 à 5 ans, un énorme effort de recherche doit être entrepris, au niveau mondial, dans le but d’apporter de nouveaux outils en matière de production locale d’aliments ou d’amélioration nutritionnelle des aliments disponibles.

La perception de la spiruline est amenée à évoluer certes avec l’accumulation de données scientifiques, mais aussi avec la multiplication des initiatives de terrain. Et malgré l’accumulation de preuves du potentiel de la spiruline, ses vertus nutritionnelles ne recueillent que très progressivement la reconnaissance des organismes internationaux et de l’OMS. Il n’en reste pas moins qu’au fil des ans, l’accumulation de résultats positifs joints à la masse grandissante des témoignages de professionnels de la santé, devrait commencer à faire réagir les décideurs du domaine de la lutte contre la malnutrition.

Études pionnières

Revue abrégée de quelques études cliniques

Voici quelques études cliniques les plus récentes menées avec la spiruline dans la malnutrition, notamment chez des enfants et chez des populations vulnérables (HIV-positifs).

  • A Bangui, en République Centre-Africaine, l’association « Nutrition Santé Bangui » qui gère un centre de renutrition infantile, produit et utilise la spiruline depuis près de deux décennies. En 1993, déjà, plus de 300 enfants avaient bénéficié d’un traitement de renutrition basé sur un mélange spiruline-sardines et la responsable du Centre, Mme M.-E. Picard (Dr pharm), écrivait : « ces premières données permettent de se rendre compte de l’intérêt de la spiruline dans les problèmes de malnutrition même pour les formes sévères. C’est un produit facile à utiliser, bien accepté par les mères quand il a été bien expliqué. » (Picard, 1993). Par la suite, cette étude a été étendue et rendue comparative par l’observation d’un groupe de 592 enfants de 0 à 5 ans recevant le mélange sardine-spiruline, en comparaison d’un groupe de 182 enfants ne recevant, en complément du repas standard, que de la sardine. La durée du traitement variait de 94 à 145 jours et la dose de spiruline était de 5 g/jour. L’analyse des résultats montre une amélioration significativement supérieure pour les enfants ayant reçu de la spiruline, tant en ce qui concerne le gain de poids moyen que la vitesse de récupération (Dupire, 1998).
  • Au République Démocratique du Congo, une étude portant sur 28 enfants atteints de maladies protéino-énergétiques patentes (Bucaille, 1990) a été réalisée de janvier à novembre 1989. Les paramètres mesurés lors de ce travail montrent l’effet globalement positif  de la spiruline sur le statut nutritionnel des patients, et ce malgré les inévitables aléas d’une étude sur le terrain.
  • De nouvelles études ont été effectuées ces dernières années, malheureusement certaines d’entres elles font surtout ressortir la grande difficulté qu’il y a à construire et à suivre un protocole d’étude adéquat et rigoureux. En ce sens, une étude menée au Burkina Faso et concluant à l’absence d’intérêt de la spiruline dans la renutrition des enfants (Branger, 2003) est l’exemple même de ce qu’il faudrait éviter. L’absurdité du protocole utilisé, ainsi que la gravité des conclusions que les auteurs s’autorisent néanmoins à publier ont été dénoncées à plusieurs reprises (Darcas, 2004; Falquet, 2004; Fox, 2004).
  • En Inde, un essai randomisé portant sur 60 écolières s’est attaché non seulement aux effets purement nutritionnels d’un apport d’une faible dose de spiruline (1 g/j) mais aussi à d’éventuels effets indirects sur leurs performances intellectuelles (Sachdeva, 2004). Concluant à des effets positifs et statistiquement significatifs tant sur le statut hématologique des élèves que sur leurs performances intellectuelles, cette étude se termine par une recommandation au gouvernement indien quant à la fourniture gratuite de spiruline dans les écoles, particulièrement dans les régions déshéritées.
  • Au Burkina Faso, une étude de réhabilitation nutritionnelle comparative, portant sur 170 enfants (84 enfants HIV-positifs et 86 enfants HIV-négatifs) (Simpore, 2005) démontre non-seulement l’intérêt de la spiruline dans le traitement de la malnutrition infantile, mais aussi son impact particulièrement favorable dans la renutrition des enfants infectés par le HIV. Ce travail a été mené à Ouagadougou, en utilisant une spiruline produite localement à l’aide d’installations simples.
  • Une autre étude menée par les mêmes auteurs (Simpore et al. 2006) a permis de comparer l’intérêt nutritionnel de régimes composés de spiruline cultivée au Burkina Faso, et/ou de Misola[1]. Les travaux ont porté sur 550 enfants malnutris de Ouagadougou, âgés de moins de 5 ans. Une amélioration du poids en fonction de la taille (WHZ) et de l’âge (WAH), est observée chez touts les enfants, particulièrement ceux du groupe dont le régime alimentaire était constitué de spiruline et de Misola. L’étude conclut que le Misola, la spiruline additionnée à la nourriture traditionnelle ou encore la spiruline additionnée au Misola sont de bons régimes alimentaires pour les enfants sévèrement malnutris. Le régime associant spiruline et Misola donne les meilleurs résultats car il associe le Misola avec un fort apport calorique et la spiruline avec une grande richesse en protéine.
  • En République Centrafricaine, une étude prospective randomisée d’une durée de 6 mois a été réalisée avec des personnes infectées et affectées par le VIH (Yamani et al. 2009). 160 patients ont été répartis en deux groupes. Les patients du premier groupe ont reçu 10 grammes de spiruline par jour tandis que ceux du deuxième groupe ont reçu un placebo. Cette étude montre une amélioration significative des principaux paramètres de suivi comparables dans les deux groupes (poids, périmètre brachial, nombre d’épisodes d’infections, compte des CD4, protidémie). Toutefois, cela n’a pas permis de conclusions claires sur les critères cliniques entre les groupes en raisons de problèmes méthodologiques rapportés par les auteurs.
  • Par contre, une étude similaire très récente, menée sur 52 sujets HIV-positifs, comparait un groupe de patients avec une supplémentation en spiruline et un groupe avec une supplémentation avec du soja (Azabji et al 2010).  Cette étude montre une efficacité comparable pour la spiruline avec le soja en termes de prise de poids, mais également un regain significatif des marqueurs d’immunité dans le groupe traité avec la spiruline, mais non dans le groupe sous soja.

[1] Le Misola est une mixture composée de millet (60%), de soja (20%), de cacahouète (10%), de sucre (9%) et de sel (1%).