Projet Régénération Pédologique & Hydrique

Contexte

Le Burkina Faso fait partie des pays les plus pauvres de la planète (176ème pays du classement du FMI du PIB par habitant à parité du pouvoir d’achat). Le pays dispose de faibles ressources naturelles et d’une industrie très limitée. 80% de la population vit encore de l’agriculture de subsistance.

La population ayant doublé ces 30 dernières années, l’agriculture burkinabé n’est plus en mesure de satisfaire la demande de la population. Un sol lessivé, infertile et caillouteux, un climat chaud et aride, ainsi que le manque de moyens pour acheter des intrants et equipements agricoles, causent des rendements faibles et stagnants, loin du potentiel obtenu dans d’autres régions des tropiques.

Enfin, les producteurs burkinabés, particulièrement ceux de la province du Passoré (dans la région du Nord), souffrent des effets du changement climatique, qui rend les pluies encore plus irrégulières et imprévisibles (avec poches de sécheresses récurrentes), dans un contexte général de faible pluviométrie (500 à 600 mm par an, de juin à septembre).

Favorisant une forte dégradation des ressources naturelles (eau, végétaux, espace cultivable, etc.), l’insécurité alimentaire et hydrique croît d’année en année.

Dans la région de Yako (Province du Passoré), où la Fondation Antenna est présente avec une ferme agroécologique didactique, les populations déplacées des conflits du Nord du pays se retrouvent dans une situation particulièrement vulnérable. Ils ne disposent que de terres extrêmement dégradées (sol rocailleux compacté, dépourvu de matière organique et de végétation) pour cultiver leurs denrées de subsistance.

Projet

Suite à la demande de certains producteurs de la formulation d’une stratégie pour la gestion et la régénération des ces sols, l’Unité AgroEcologie de la Fondation Antenna, en collaboration avec son partenaire ingénieur agronome et pédologue Kalifa Zida, a élaboré le projet « Régénération pédologique et hydrique au Burkina Faso ».

Ce projet pilote consiste à tester une stratégie de régénération et mise en valeur de ces terres dégradées chez 10 producteurs. L’objectif est de permettre à moyen – long terme une régénération pédologique et amélioration de la rétention hydrique, tout en garantissant une production agricole stable à court terme.

La stratégie se base premièrement sur les pratiques déjà exercées par les producteurs de la région :

  • Les cordons pierreux : barrière de pierres entourant les parcelles pour augmenter la rétention d’eau et diminuer les risques d’érosion.
  • Les trous zaïs : technique consistant à créer des trous de 20 à 40 cm de profondeur et de diamètre, espacés de 30 à 70 cm, remplis de fumier et de terre, où sont semées les cultures (par exemple maïs, sorgho, niébé). L’eau va s’agréger dans ces trous et sa captation par la plante est optimisée.
  • Les demi-lunes : formation de cuvettes d’un demi-cercle en formes de demi-lunes, où le fumier est placé et les cultures sont semées. Optimisation hydrique analogue aux trous zaïs.

Deuxièmement, la stratégie contient des pratiques nouvelles pour les producteurs :

  • Le bocage : des haies vives fourragères d’essences locales, adaptées au climat sec, sont plantées autour des parcelles de 1 hectare. Les haies servent à limiter le ruissellement de l’eau, ainsi que l’érosion, autant hydrique qu’éolienne.
    Elles permettent également de créer un micro-climat à l’intérieur de la parcelle, favorisant la croissance des cultures. Les haies fourniront également un fourrage de qualité pour les animaux, permettant aux producteurs d’agrandir leur cheptel et donc d’augmenter la production de fumier, qui améliore la régénération du sol.
  • La culture du brachiaria : le brachiara est une herbe fourragère adaptée au climat aride du  Sahel. Il sera semé autour des parcelles de 1 hectare, à l’extérieur des haies, ainsi qu’en guise de séparation de 4 champs à l’intérieur de l’hectare. Le brachiara remplit les mêmes fonctions que les haies, néanmoins plus rapidement grâce à sa croissance rapide. Il protégera également les jeunes plants des haies des attaques des animaux divagants. Pour couronner le tout, le brachiaria est une plante piège ; il attire les ravageurs des céréales et les tuent, limitant de ce fait l’invasion des cultures céréalières.
  • L’association céréale-stylosanthes : ce système est idéal pour une régénération d’un sol dégradé, tout en produisant des céréales. L’importante fixation d’azote atmosphérique et production de biomasse du stylosanthes, une légumineuse, permet la création de la fumure nécessaire à la fertilisation et à l’enrichissement du sol. Le stylosanthes limite également l’érosion et protège le sol.
    Finalement, cette association est idéale pour une couverture du sol et une production fourragère en saison sèche. Le stylosanthes a l’avantage de rester vert en saison sèche et, s’il n’est pas surpâturé, peut recouvrir le sol et produire du fourrage toute l’année.

La Fondation Antenna fournit en plus du soutien technique, un apport financier et logistique pour soutenir les producteurs dans la mise en place de cette stratégie.

Cet apport couvrira pour chaque producteur sur une surface de 1 hectare :

  • 400 jeunes plants d’arbustes fourragers
  • Le creusement d’un puits à eau traditionnel pour permettre l’irrigation des jeunes plants les premières années
  • La semence du brachiaria (500 g)
  • La semence du stylosanthes pour 2 champs, soit 5000 m2 (500 g)
  • Un couple de moutons ou de chèvres pour relancer le cheptel du producteur
  • Un kit d’outils : arrosoir, bêche, pelle et pioche.

Impact

L’objectif principal est de tester une stratégie de régénération des sols dégradés et optimisation de la rétention hydrique dans les agroécosystèmes du Burkina Faso et d’évaluer son coût.

En cas de réussite de cette stratégie pilote pour les 10 producteurs cibles, un projet de dissémination à large échelle sera mis en place.

Le projet devrait permettre l’optimisation hydrique et régénération des terres des 10 producteurs cibles, tout en leur garantissant une production agricole stable et durable. Cette dernière permettra l’amélioration du niveau de vie par l’augmentation de la qualité et de la quantité du cheptel à court terme et par l’augmentation de la qualité des terres et des cultures à moyen – long terme.

Ce projet permettra également de former ces producteurs aux pratiques agroécologiques adéquates et contribuer à leur dissémination.

La stratégie en detail

  1. Fin Mai – début juin : Un cordon pierreux est mis en place sur le pourtour de la parcelle de 1 hectare.
  2. Début – mi-juin : Le brachiaria est semé sur le côté extérieur du cordon, ainsi que pour séparer la parcelle en 4 champs de 2’500 m2 chacun. L’espacement est de 40 cm entre les plants, avec soit une bouture, soit 2 graines.
  3. Mi-juin : les 4 champs sont préparés avec les pratiques traditionnelles habituelles : trous zaïs et demi-lunes.
  4. Deux champs sur quatre sont semés avec l’association céréale-stylosanthes. L’espacement conseillé est de 1 m x 0.75 m entre les trous zaïs. Puis, 2 lignes de stylosanthes sont semées entre chaque ligne de céréales, avec un espacement de 30 cm x 30 cm et 7 à 10 graines par poquet. En cas de demi-lunes, le stylosanthes est semé entre les demi-lunes à un espacement de 30 cm x 30 cm.
  5. Juillet : des jeunes arbres sont plantés du côté intérieur du cordon pierreux, tout autour de la parcelle de 1 hectare. On plante 1 arbre chaque 1 m. Les espèces suivantes sont plantées : Gliricidia sepium, Sesbania sesban, Leucaena diversifolia, Neem, Moringa oleifera, Acacia, Prosopis, Boscia senegalensis, Combretum glutinosum.
    Ces arbres sont arrosés les premières années grâce au puits.

A long terme :

Le brachiaria, le stylosanthes et les feuilles des haies sont régulièrement fauchés pour nourrir les animaux. Ces derniers, mieux nourris, se multiplient et produisent plus de fumier, permettant la fertilisation et la régénération des sols dégradés. Le stylosanthes et le brachiaria restructurent et fertilisent directement le sol en se décomposant.

Les différentes pratiques combinées créent un microclimat, augmentent la rétention hydrique dans l’écosystème aménagé et limitent l’érosion en protégeant le sol.

Le puits créé augmente la disponibilité en eau et permet la survie de la haie les premières années.

Il peut ensuite permettre une faible irrigation en cas de besoin.

Budget synthétique