Guinée, Tinkisso : une approche régionale pour le traitement de l’eau à domicile

Mission de terrain, février 2012

L’ONG guinéenne Tinkisso opère depuis 2008 dans la région de Faranah et depuis 2012 à Conakry. Avec 8 électrolyseurs Maxi-WATA, elle produit 1’000 litres de chlore par jour, permettant de fournir des flacons à plus de 100’000 foyers. Aucun cas de choléra n’a été déclaré depuis la mise en œuvre de ce projet dans la zone de Faranah et de Conakry.

Devant ce succès, le Ministère de la Santé encourage Tinkisso à élargir ses activités au niveau national. Ce passage à l’échelle va être accompagné par Antenna afin d’adapter la structure de l’ONG. Pierre-Gilles Duvernay est donc parti en Guinée en février pour poser les jalons d’un renforcement des capacités, qui se fera en trois ans et sur trois axes : réorganisation, gestion financière et conseils techniques à la production.

En février 2012, une épidémie de choléra a démarré dans les préfectures de Forécariah et de Boffa. Tinkisso est la seule structure à ce jour qui fournit du désinfectant chloré au Ministère de la Santé et à ses partenaires pour faire face à la situation.

L’adoption par les centres de santé

La mise en œuvre progressive de WATASOL en Guinée a commencé en réponse à une vague de choléra en 2008, et pourrait constituer un modèle pour d’autres pays. En partenariat avec les services de santé locaux, Tinkisso, une ONG locale, est devenue productrice de chlore, avec quelque 800’000 bénéficiaires potentiels. Le gouvernement a fait installer des appareils Maxi-WATA dans chaque région. Le défi pour la viabilité du projet est d’assurer une utilisation en dehors de la saison des pluies, favorable au choléra.

Pénurie d’eau potable dans la région de Dabola

La préfecture de Dabola, située dans le centre de la Guinée, est l’une des régions les plus pauvres du pays. Les maladies liées à l’eau et au manque d’assainissement comme la diarrhée et le choléra y sont particulièrement fréquentes du fait de la faible disponibilité de l’eau potable et de la consommation d’eau contaminée.

Quand les acteurs de la santé sont liés par une réflexion commune

C’est dans la préfecture de Dabola, qui compte 200 000 habitants, que l’association Tinkisso a commencé ses distributions gratuites de flacons de chlore. Ceux-ci étaient utilisés par les familles pour désinfecter leur eau de boisson, ainsi que pour nettoyer les aliments. Quand l’UNICEF a mis un terme à son soutien financier, Tinkisso a compris à quel point son indépendance financière était essentielle pour parvenir à des résultats à long terme en matière d’eau potable. Avec le soutien d’Antenna, Tinkisso a élaboré plusieurs stratégies  de sensibilisation aux mesures d’hygiène et à la problématique de l’eau potable par la vente de chlore dans les structures de santé, les marchés hebdomadaires et les pharmacies, et la vente en porte-à-porte dans les villages isolés. On peut trouver du chlore à Conakry, mais il est rare d’en trouver hors de la capitale, d’où l’importance du rôle de Tinkisso.

Au vu du succès rencontré par ses activités à Dabola, l’association a étendu celles-ci à trois autres préfectures de la région de Faranah : Dinguiraye, Faranah et Kissidougou. En collaboration avec les autorités sanitaires locales, les structures de santé (centres de soins, hôpitaux) sont utilisées pour la diffusion de chlore et de messages de sensibilisation. En outre, du chlore est également vendu en porte-à-porte par des éducateurs sanitaires.

La viabilité du modèle dépend de la saison. Durant la mousson, qui s’étend de mai à septembre, la population a conscience de l’importance de consommer de l’eau salubre et peu de campagnes de sensibilisation sont nécessaires. Pendant cette période de l’année, l’augmentation notable du chiffre d’affaires garantit l’indépendance de Tinkisso, mais ce n’est que saisonnier.  Le défi est de parvenir à assurer la viabilité du modèle tout au long de l’année.

Le marketing social ancré dans le système de santé

L’objectif global est de fournir du chlore, une solution peu onéreuse pour potabiliser l’eau, aux villages reculés de la région de Faranah afin de lutter contre les maladies d’origine hydrique. Une place centrale est accordée au marketing social, qui vise à sensibiliser et à éduquer la population quant à l’importance de l’hygiène et de la salubrité de l’eau de boisson. Les objectifs spécifiques du projet sont les suivants :

  • renforcer les capacités des organismes existants afin qu’ils puissent répondre à la demande de toute la région (600 litres de solution de chlore par jour) ;
  • éduquer et informer la population de la cause des maladies d’origine hydrique par des activités de marketing social ;
  • former les chefs de famille et les personnes qui fournissent de l’eau à la purification de l’eau à l’aide de chlore ;
  • établir un réseau avec d’autres acteurs de la santé publique (responsables en particulier de l’eau et de l’assainissement) pour coordonner le programme, et évaluer régulièrement l’efficacité de celui-ci et les difficultés rencontrées.

Téléchargez les images encourageant l’utilisation de flacons de chlore pour la désinfection de l’eau, document compilé par Tinkisso

Tinkisso s’ouvre aux partenariats

L’ONG Tinkisso, enregistrée en tant qu’association, œuvre dans la région de Faranah (zones urbaines et rurales comptant une population totale de quelque 800 000 personnes) pour lutter contre la malnutrition et pour assurer l’accès des plus pauvres à l’eau potable par la production locale et décentralisée de chlore actif.

Dans la poursuite de ses objectifs, Tinkisso s’emploie également à assurer son autonomie financière, un engagement découlant de sa volonté d’établir des programmes pérennes en partenariat avec le ministère de la Santé et d’autres acteurs pertinents.

La sensibilisation à l’aide de mégaphones et une production pratiquement industrielle

La production de chlore est centralisée à Dabola, où l’équipe de Tinkisso produit chaque jour 600 litres de chlore à l’aide de trois Maxi-WATA. Le chlore est conservé dans des petits flacons de 250 ml et diffusé par les canaux ci-dessous.

Centres de soins et hôpitaux : les médecins de l’hôpital de Dabola et de 45 centres de soins de la région de Faranah prescrivent du chlore aux patients souffrant d’une maladie d’origine hydrique.

Marchés hebdomadaires : lors des jours de marché, des agents vendent du chlore et diffusent des messages de sensibilisation à l’aide de mégaphones.

Porte-à-porte : la vente en porte-à-porte est bénéfique car elle permet de répondre directement aux inquiétudes des consommateurs et garantit l’utilisation adéquate du chlore.

Pharmacies : plusieurs pharmacies souhaitant disposer d’un stock de chlore se sont adressées à Tinkisso. La vente en pharmacie a accru la crédibilité du produit auprès des consommateurs.

Téléchargez l’étiquette des flacons développés par Tinkisso

Bénéficiaires

Le projet couvre un total de 45 centres de santé pour quelque 800 000 habitants potentiels.

Budget

20 000 dollars US pour 2010

Le point sur le projet

En 2010, pendant la période de la mousson qui s’est étendue de mai à juin, 18 000 litres de chlore au total ont été vendus par l’intermédiaire de centres de santé et de pharmacies, en porte-à-porte ou sur les marchés. D’après les ventes, nous pouvons estimer que 24 000 consommateurs et leurs familles ont bénéficié de ce chlore.

Tinkisso est en train d’élaborer un protocole avec les autorités sanitaires dans lequel ces dernières s’engagent à fournir du chlore aux organismes sanitaires des trois préfectures de Dinguiraye, Faranah et Kissidougou. Il a été convenu que tous les cas de diarrhées enregistrés dans les centres de soins seraient traités grâce au chlore, qui figure désormais parmi les médicaments vitaux dans 45 centres de soins. De plus, les responsables communautaires ont intégré la sensibilisation à l’emploi du chlore et aux bonnes pratiques en matière d’hygiène à leurs activités.

Publication d’un rapport de Hybrid Strategies Consulting (HYSTRA)

Découvrez le document réalisé par Hystra sur l’accès à l’eau potable pour la base de la pyramide : leçons tirées de 15 études de cas. Parmi elles, l’expérience de production locale de chlore et diffusion en Guinée par notre partenaire Tinkisso (p.11-13).